La discrimination positive est un terme qu'en Europe il faut expliquer lorsqu'on l'utilise.
Inventé par Kennedy et mis en pratique par les Etats-Unis dès les années 70, cet outil qui vise à réduire l'iniquité qui règne entre Majorité et minorités (raciales, ethnique, sociales...) a pourtant fait ses preuves. Créé au départ pour favoriser l'intégration de la population noire aux USA, son utilisation outre-Atlantique a fait passer la proportion d'Afro-Américains de la classe moyenne de 13% en 1960 à près de 66% en 2000.
C'est peut-être cette efficacité qui rend la politique volontariste en matière d'égalité si impopulaire dans la plupart des pays d'Europe, attachés à leurs traditions.
Traditionnelle, la place de la femme l'est plus qu'ailleurs dans la mentalité allemande, pays pratiquant la discrimination sociale négative (les femmes sont une minorité sociale): le fameux Kinder, Küche, Kirche. Ainsi, tout le système allemand est fait pour encourager les femmes à rester à la maison avec les enfants.
Raison pour laquelle la proposition d'Antje Hermenau, femme politique de 43 ans appartenant à un parti écolo a créé quelques remous au sein du microcosme poltique allemand.
Cette femme à poigne, prenant acte du fait que des décennies de lois et principes en faveur d'une réduction des inégalités s'étaient révélées complètement inefficaces (avec des écarts allant de 12 à près de 30% dans les revenus selon la qualification), a proposé d'accorder un avantage fiscal aux femmes au détriment des hommes. On imagine d'ici le tollé provoqué par cette femme décidée à s'attaquer aux bourses des ces messieurs. Halte-là! Et touchez pas au grisbi, madame!
Et pourtant...en Suisse aussi, des décennies de droit de vote, d'observatoires pour l'égalité, et d'invitations polies par ci par là à favoriser les femmes, n'ont fait avancer les choses qu'à pas de tortue. Surtout dans le domaine sacré entre tous, le graal de notre époque: l'argent.
Si dans le domaine politique des progrès ont été faits qui semblent irréversibles (encore que chez nos voisins l'éviction de Ségolène Royal laisse des doutes sur ce sujet), dans celui du travail et de son salaire, l'évolution s'est fait si lentement que les femmes vont être rattrapées par le mouvement d'un autre cycle, politique celui-là, qui ramène un peu partout au pouvoir une réaction conservatrice qui risque fort de s'attaquer aux acquis féminins, tout en n'offrant toujours pas ce à quoi les femmes ont toujours aspiré: le même éventail de choix que leurs compagnons. Mais sans doute est-il déjà trop tard...
Car, comme le dit le correspondant du Figaro à propos de la propostion d'Antje Hermenau, l'idée n'a "aucune chance d'aboutir". ("Le Figaro" du 12 juin 2007, L'impôt femmes qui interpelle l'Allemagne, Pierre Bocev)

Encore un exemple des visions politiques ambitieuses et novatrices de Kennedy!
Rédigé par: francis | 13 juin 2007 à 12:39
Je découvre ce post après avoir lu celui intitulé "Madame la présidente". Si une femme peut devenir présidente dans un grand pays comme l'Inde, on peut imaginer - peut-être - qu'elle aura un jour le même salaire que son collègue masculin à compétence égale dans un petit pays comme la Suisse. Non?
Rédigé par: Paule | 21 juin 2007 à 17:28