Etrange expérience ce week-end… Concert classique à Genève, dans la salle Opéra de l'Hôpital universitaire. Au programme pour la semaine du cerveau: un requiem (bref, exigeant et somptueux) du compositeur suisse Henri-Louis Matter, avec le chef Eric Bauer à la tête de l'ensemble instrumental romand...
D'ordinaire assez peu réceptif aux manifestations scéniques, Lulu a adoré. Il a dirigé les deux premiers moments de ces Requiem Gesänge et accepté de rester silencieux pendant les vingt minutes de cette expérience musicale pour le moins pointue… Il a adoré le baryton Claude Darbellay, comparé Matter à Mozart (je suis d'accord pour ce qui est de leur culte de la précision et de l'esthétique parfaite), et surtout, ri en premier d'une plaisanterie du compositeur à l'heure de la présentation, plaisanterie (mêlant les chiens de chasse, la Toscane, Bach et Vivaldi) pourtant trop complexe pour qu'il en ait vraiment saisi la quintessence. Ce rire inexplicable, j'y ai repensé plus tard, en lisant les pages scientifiques du New York Times…
Vous riez? Un peu? Beaucoup? Pas du tout? C'est vrai qu'il est difficile d'expliquer notre rapport à l'humour et à l'humeur de façon satisfaisante. Les philosophes (d'Aristote à Kant en passant Schopenhauer et Freud) et les scientifiques se coltinent d'ailleurs le sujet depuis deux bons millénaires, décortiquant d'anciens textes, scannant les cerveaux de bébés ou d'adultes, chatouillant des singes ou des souris de laboratoire… Sans découverte ni avancée probantes…
Or ne voilà-t-il pas qu'aujourd'hui, le Pr. Robert Provine de l'Université du Maryland à Baltimore, vient de démontrer après quelque vingt ans de recherches, que le rire n'est ni plus ni moins qu'un outil instinctif de survie pour les animaux sociaux, et pas une réponse intellectuelle à l'esprit. Et ses constats les plus basiques nous interrogent sans ménagement: en effet, le degré d'humour qui déclenche le rire chez l'humain ne dépasse souvent pas le degré zéro de la plaisanterie, et le rire lui-même est souvent utilisé comme un simple indicateur d'information, par exemple pour ponctuer nos phrases.
"Le rire est un signal social honnête, parce qu'il est difficile de le truquer, explique le Pr. Provine. Avec lui, nous traitons de quelque chose de puissant, d'antique et de brut. C'est un genre comportemental que tous les êtres humains, peut-être tous les mammifères, ont en commun." Complétant la quête de Provine, Jaak Panksepp, neurologiste et psychologue à l'université de l'état de Washington, a même découvert que les rats émettent un gazouillement ultrasonique (inaudible aux humains sans équipement spécial) quand ils sont chatouillés, et qu'ils apprécient suffisamment cette sensation pour revenir réclamer ledit chatouillement lors de ces expériences. Panksepp pense du reste que le cerveau a des câblages immémoriaux qui reproduisent le rire de sorte que les jeunes animaux apprennent à jouer entre eux sans danger. Selon lui, le rire stimulerait les circuits relatifs à l’euphorie dans le cerveau et serait ainsi susceptible de rassurer les autres animaux, leur indiquant qu'on est ici en phase de jeu et non de combat.
Ainsi, lorsqu'un enfant – au hasard Lulu – vous balance un joli caillou peint à la main sur la caboche, ou qu’il vous mord le bras avec la conviction d'un jaguar affamé, l'important résiderait donc dans la ponctuation ou non de l'action par un rire strident censé indiqué si l'on est dans le registre du jeu ou de la vraie colère…. Ces interrogations philosophiques apporteront en tous les cas un dérivatif à la douleur bien réelle et univoque, elle!

Les commentaires récents