Autrefois, l’on disait aux filles qu’il fallait souffrir pour être belles. Et c’était vrai : le brossage énergique des cheveux et son lot de touffes arrachées était normal, le coiffage long et fastidieux, l’épilation à la cire étaient le lot des filles pubères, les nettoyages de peau musclés…, les cures purificatrices de peau indigestes.
Et puis, avec la société de consommation sont arrivées les femmes qui s’assumaient : coupez-nous ces nattes qui nous font souffrir, occupent nos mains et notre temps ! dirent-elles aux coiffeurs. Nous avons mieux à faire !
Les plus fortes, armées contre les regards courroucés de ces messieurs, ont cessé de s’épiler, d’autres l’ont fait au moyen de crèmes, moins douloureuses…Les spas et instituts où l’on soigne la peau sont devenus des lieux de relaxation et de méditation, remplaçant parfois les églises..
Dans ce processus qui a tendu à mettre en sourdine la douleur et l’inconfort, la science médicale a apporté des contributions majeures à l’édifice : tandis que la péridurale mettait fin aux douleurs de l’accouchement, la chirurgie à celles du vieillissement inesthétique, l’hormonothérapie venait en aide aux femmes ménopausées. Elles allaient pouvoir vivre de plus en plus longtemps, qui plus est en meilleure forme. Grâce aux hormones, exit le cortège des bouffées de chaleur, du vieillissement de la peau, des pertes de mémoire et d’énergie, et de l’ostéoporose, qui accompagnaient la fin de la fertilité de la femme. Il va falloir déchanter.
Si l'on en croit une étude de l’Institut national du cancer américain, vieillir devra désormais se faire à l'ancienne, soit dans l'inconfort.
Ces chercheurs ont en effet noté qu’après une hausse ininterrompue pendant près de 70 ans des taux de cancer du sein dans la population féminine américaine, ces taux ont brutalement et pour la toute première fois dans l’observation de cette maladie, chuté d’un incroyable 15% en 2003!
Seule explication plausible : après qu’une importante étude nationale américaine (Women's Health Initiative) ait dénoncé les risques accrus de cancer liés à la prise d’hormones, des millions de femmes entre 50 et 69 ans ont interrompu leur traitement. L'année suivante, les taux de cancer du sein avaient décru proportionnellement au nombre de femmes qui avaient arrêté leur traitement.
Les tumeurs cancéreuses seraient en effet comme « nourries » en oestrogènes par les hormones contre la ménopause. Elles seraient le "carburant du feu".Leur arrêt suffirait parfois à priver suffisamment ces tumeurs de nourriture pour que jamais elles n’atteignent une taille critique, décelable à la mammographie. D’autres cancers pourraient même avoir régressé, voire disparu.
Cette découverte expliquerait de même pourquoi les femmes noires sont moins touchées par le cancer du sein, dans la mesure où elles sont moins portées à utiliser les hormones pour traiter les symptômes de la ménopause.
Il y aura je pense un avant et un après cette étude américaine qui nous rend attentives au fait qu’à notre époque qui a si bien évacué la souffrance, n'importe quelle femme risque désormais de mourir de vouloir être belle. Etrange retour de balancier.
Sources : New York Times des 14.12.2006, et 26.12.2006, by Gina Kolata


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