L'enseignement à la maison: Un raffinement élitiste? Un retour à la période dorée où l'éducation se faisait par l'intermédiaire d'un tuteur?
De fait, les hésitations de l'école publique, ballotée entre des systèmes pédagogiques opposés, la surcharge des classes, le burn-out des profs, la violence des préaux, et globalement la baisse généralisée du niveau font que de plus en plus de parents cherchent une alternative.
L'école privée? Elle offre des horaires continus, l'enseignement des langues ou de la musique, prend parfois même en charge les sports, bref, elle a su s'adapter aux exigences des parents contemporains mais..mais...tous ces avantages sont connus et malgré la croissance exponentielle du nombre de places, la demande l'excède. Autrement dit, prévoyance (au moins 1 an) et/ ou "parrainage" seront de plus en plus nécessaires. Deuxio, l'école privée c'est cher. Très cher. Tout le monde ne peut pas aligner mille francs et plus par enfant chaque mois.
La solution de repli à laquelle recourent de plus en plus souvent les parents, c'est l'école à la maison. Les cours sont donnés par l'un des parents ou par un tuteur, façon Nicolas II, dernier tsar de Russie. Des centres d'enseignement à distance, tels le CNED français permettent de disposer d'une colonne vertébrale pour dispenser l'enseignement. Tandis que moultes association de parents conquis par le homeschooling dispensent entraide et renseignement utiles pour parcourir ce qui est encore un gros chemin de traverse.
Le New York Times (15 juin) relevait un phénomène semblable aux Etats-Unis. Là-bas, le phénomène a changé de nature. Jusqu'à récemment, les enfants qui étudiaient à la maison le faisaient pour des raisons religieuses ou pour échapper à la mainmise étatique sur les collèges.
Photo: Brian on Flick'r
Les nouveaux homeschoolers ne sont plus des opposants à l'éducation nationale. Simplement, celle-ci ne cadre plus avec les nouveaux modes de vie qui exigent de plus en plus de mobilité des parents.
Des parents qui voyagent beaucoup, l'école publique la plus proche est médiocre, l'école privée est chère et son accès restreint, ou plus rarement un enfant malade ou actif dans le monde du spectacle, et voilà des parents qui comme la Lynette de Desperate Housewife songent à faire les cours eux-mêmes.
Ou à les confier à un professeur particulier dont les honoraires aux Etats-Unis oscillent entre 55 et 90 euros/heure.
Le Département de l'Education américain réalisa en 2003 une enquête sur l'enseignement à la maison. En excluant du décompte les profs à temps complet, elle découvrit qu'entre 1999 et 2003, le nombre d'enfants éduqués à la maison avait augmenté de 29%, jusqu'à atteindre 1,1 millions d'étudiants dans le pays. 21% d'entre eux disposaient d'un tuteur. Des niveaux incomparables d'attention académique, de flexibilité d'horaires, une sensation de cohésion familiale et d'autonomie sont pointés comme les grands avantages de ce mode d'apprentissage particulier.
Pour les adeptes, ces avantages compensent pour le moins le manque de vie sociale (par ailleurs parable grâce à des activités de groupe: sport, danse,..., en dehors de la maison).
Ainsi, classes sociales les plus élevées chez qui les tuteurs individuels sont une tradition consacrée et classe moyenne supérieure dont le modèle serait plutôt antique (Socrate et Platon) convergent dans la même direction.
Confort, individualisme, recherche de qualité et d'exigence, famille, mouvement décroissant, autant de valeurs contemporaines qui à mon avis pourraient amplifier encore le phénomène. On en reparlera certainement.


Franco-américaine, ayant vécu à Dallas, Londres et Paris, j'ai vu autour de moi quantité d'expériences de homeschooling. Certaines couronnées de succès, d'autres mitigées, d'autres enfin catastrophiques. J'en ai retiré quelques conclusions que je vous livre comme elles me viennent... Pour que ça marche:
- Il faut que les parents, les deux parents, soient 100% convaincus des sacrifices organisationnels et financiers que cela exige.
- Il faut que l'enfant soit totalement convaincu par la démarche et doté à la fois d'autonomie, de curiosité et d'un potentiel supérieur à la moyenne.
- Il faut réévaluer le système chaque année, et ne pas hésiter à revenir dans le public ou dans le privé aux premiers signes d'échec. On peut perdre plusieurs années d'écoles si on n'est pas assez attentif au niveau du homeschooling.
- Surtout, surtout, il faut vous informer, discuter avec des parents qui l'ont déjà adopté; ça évite de sérieuses déconvenues.
Rédigé par : Julienne Coupet | 30 juin 2006 à 11:30
L'école à la maison, joli rêve pour beaucoup de mamans. Peut-être qu'avec beaucoup de force, d'énergie, d'amour, il y a une réelle possibilité d'y faire mieux que dans les usines à apprendre. Je ne suis pas naïve, c'est aussi sans doute une question d'argent. Mais j'ai d'abord envie de dire que la grande et bonne nouvelle pour celles et ceux qui croient en "l'humain", c'est que de plus en plus de parents s'impliquent dans l'éducation de leurs enfants, sans se cacher derrière les enseignants, ou les dysfonctionnements d'un système.
Rédigé par : Elisa | 30 juin 2006 à 11:44
Très beau témoignage d’une maman sur le sujet à lire sur http://www.regardconscient.net/archives/0110estevez.html
Extrait:" Je tiens à préciser que je n'ai qu'un bac littéraire, ce qui n'est déjà pas mal, mais rien d'extraordinaire. J'avais opté pour une vie de mère au foyer et des activités à temps partiel, et nous vivions principalement des allocations familiales et d'une pension alimentaire modeste. On ne peut trouver dans notre histoire de privilèges ni matériels ni intellectuels ; plutôt, beaucoup de réflexion et d'engagement, et une grand-mère issue d'un milieu de petits paysans, poussée à étudier par des religieuses, devenue enseignante et toujours intéressée par les innovations en faveur de la liberté d'apprentissage, du respect du rythme des enfants, etc."
"J'ai choisi d'éviter de pousser mes enfants dans des situations où ils seraient comparés, et invités à se conformer à un modèle. Ils ont beaucoup joué, se sont ennuyés parfois, ont appris au gré de leurs intérêts des choses qu'ils n'auraient pas eu le temps de développer à ce point dans un autre contexte. Mes filles aînées étaient capables, avant l'adolescence, de concevoir et réaliser leurs vêtements, leurs sandales. Mon fils aîné, à douze ans, jonglait dans les rues avec quatre torches enflammées. Ma plus jeune fille lisait et écrivait avec passion, depuis petite. Enfin, ils ont pu se lancer " dans le monde " à leur rythme, voyager, séjourner dans d'autres familles, d'autres milieux, d'autres pays."
"Persuadée que le désir de grandir et d'apprendre était déjà en eux, j'ai constaté qu'il ne pouvait se manifester pleinement qu'à ces deux conditions : un maximum de liberté et de sécurité affective, c'est-à-dire la certitude d'être accepté et accueilli quoi qu'il arrive. Il est clair que je n'ai pas été en mesure de procurer à mes enfants cette qualité de présence en tous temps, mais je vois que leur disponibilité pour s'investir dans leur vie est en rapport avec ce qu'ils en ont reçu, et en reçoivent aujourd'hui."
"Tous savaient lire, écrire et compter, mais aucun ne savait, à dix ans, autant d'orthographe que n'en connaît aujourd'hui mon plus jeune fils, à sept ans. Leur intérêt pour cette compétence est venu plus tard, entre le début de l'adolescence et de l'âge adulte."
On devrait, je veux dire les médias devraient donner plus souvent la parole aux familles qui mènent ces expériences, et un peu moins aux lobbies de pédagogues en tous genres!
Rédigé par : Francine | 30 juin 2006 à 11:52
Intéressant mais élitaire. J'en rêverais, mais avec deux filles et 3000 euros de revenu mensuel, je n'ai d'autre choix que l'école de la République avec ses héros mais aussi ses briseurs de rêve. Le progrès aujourd'hui n'est possible qu'avec un porte-feuille bien gardi. Je ne suis pas amère. Juste réaliste.
Rédigé par : Maly | 30 juin 2006 à 13:36
D'accord avec Maly pour l'argent, mais tant mieux si certains peuvent s'offrir un enseignement privé et individualisé. Je tiens à dire que dans certains milieux, même si financièrement cela était possible, culturellement, ce ne serait pas admis.
Rédigé par : Rada | 30 juin 2006 à 13:44
Quelqu'un sait-il s'il existe une association suisse des parents pratiquant le homeschooling? Si c'est le prochain trend US qui débarque, pour une fois, il est en tout cas digne d'intérêt et devrait interroger nos édiles en charge de la chose scolaire.
Rédigé par : Laurent Bussien | 30 juin 2006 à 13:54
Encore un concept creux pour les bobos!
Rédigé par : Paul-Henri | 30 juin 2006 à 14:55
Enseigner à la maison? Un mirage! Et peut-être une forme de mépris pour les femmes et les hommes qui donnent tant chaque jour derrière le bureau du maître ou de la maîtresse d'école. Ce n'est selon moi qu'une piste marginale pour gens favorisés. A moins qu'elle annonce des bouleversements de société plus fondamentaux...
Rédigé par : oliver | 30 juin 2006 à 19:28
La vie sans école n'a pas vocation à faire mieux que l'école mais différemment, elle n'a rien d'un rêve, rien d'élitiste (on trouve des familles de toutes conditions sociales et de tous niveaux d'études). Cultiver le plaisir d'apprendre à tous âges en toutes circonstances n'a rien d'un concept creux. Le bonheur de vivre est un préalable essentiel.
Ce n'est pas non plus du mépris pour l'école, c'est seulement une autre voie.
Rédigé par : mamansursaplanete | 01 juillet 2006 à 00:53
> Julienne Coupet: merci de ces conseils avertis.
Il me semble aussi que les enfants au potentiel au-dessus de la moyenne, les plus mal servis par l'école publique, les seuls pour qui rien n'est fait, sont ceux qui profitent le plus de ce système individualisé.
Rédigé par : sylvie | 04 juillet 2006 à 09:54
>Elisa:oui. J'observe comme vous un retour aux valeurs familiales. Une concentration autour du premier noyau de l'entourage après une grosse perte de confiance dans les institutions et les employeurs...
Rédigé par : sylvie | 04 juillet 2006 à 10:00
> Francine: Une grand-mère enseignante et un bac littéraire sont des privilèges intellectuels. Des filles couturières et un fils jongleur sont précisément le cauchemar de certains parents! Il faut en effet beaucoup de confiance, (ce qui manque le plus à notre époque)pour permettre à ses enfants de telles explorations.
Rédigé par : sylvie | 04 juillet 2006 à 10:07
> Maly: Plus difficile en effet si on élève seule ses enfants..
Rédigé par : sylvie | 04 juillet 2006 à 10:08
> Rada: c'est vrai. La peur de perdre le contrôle ou de sortir des sentiers battus..
Rédigé par : sylvie | 04 juillet 2006 à 10:12
>Laurent Bussien: Je n'ai rien trouvé. Ca m'intéresse aussi si quelqu'un a une information à ce sujet.. En tous cas, il n'existe aucune statistique à ce sujet à l'OFS qui ne relève que les élèves recensés dans les établissements scolaires!
Rédigé par : sylvie | 04 juillet 2006 à 10:26
> oliver: Je pense que cet enseignement, bien qu'amené à se développer, n'atteindra jamais de grandes proportions. Il est trop exigeant. Ce n'est que mon avis.
Cela dit, je ne vois pas le mépris, plutôt les postes de travail pour les enseignants qui poireautent sur des listes d'attente...
Rédigé par : sylvie | 04 juillet 2006 à 10:32
> Maman sur sa planète: merci de ce témoignage sensible et éclairé.
Le bonheur comme préalable essentiel. Je n'y avais pas pensé, mais vous avez raison :-). Mais vous voyez qu'il faut être un peu privilégié quand même...
Rédigé par : sylvie | 04 juillet 2006 à 10:46
Le niveau des écoles publiques a tellement baissé dans les pays européens et aux Etats-Unis qu'il est parfaitement normal que des parents cherchent la parade en prenant davantage de responsabilités. Le homeschooling n'est peut-être pas LE remède, mais il représente une piste très intéressante. J'ajoute que de nombreux professeurs de qualité semblent prêts à quitter le public précisément pour pouvoir à nouveau pratiquer un enseignement de qualité non soumis au yo-yo des politiciens et des pédagogistes.
Rédigé par : Ludivine | 05 juillet 2006 à 12:53